80 citations de Charles Baudelaire

Portrait peint de Charles Baudelaire dans la trentaine

 

Table des matières

Section 1) L’art romantique, 1852

La poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même.

Le ridicule est plus tranchant que le fer de la guillotine.

La vraie musique suggère des idées analogues dans des cerveaux différents.

Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, de poésie, jamais.

C’est le propre des oeuvres vraiment artistiques d’être une source inépuisable de suggestions.

L’Intellect pur vise à la Vérité, le Goût nous montre la Beauté, et le Sens Moral nous enseigne le Devoir.

En matière d’art, j’avoue que je ne hais pas l’outrance; la modération ne m’a jamais semblé le signe d’une nature artistique vigoureuse.

Les Prix portent malheur, prix académiques, prix de vertu, décorations, toutes les inventions du diable encouragent l’hypocrisie et glacent les élans spontanés d’un coeur libre.

Tout écrivain français, ardent pour la gloire de son pays, ne peut pas, sans fierté et sans regrets, reporter ses regards vers cette époque de crise féconde où la littérature romantique s’épanouissait avec tant de vigueur.

Je ne connais pas de sentiment plus embarrassant que l’admiration. Par la difficulté de s’exprimer convenablement, elle ressemble à l’amour. Où trouver des expressions assez fortement colorées, ou nuancées d’une manière assez délicate, pour répondre aux nécessités d’un sentiment exquis ?

Ainsi le principe de la poésie est, strictement et simplement, l’aspiration humaine vers une Beauté supérieure, et la manifestation de ce principe est dans un enthousiasme, un enlèvement de l’âme ; enthousiasme tout à fait indépendant de la passion, qui est l’ivresse du coeur, et de la vérité, qui est la pâture de la raison.

Je ne veux pas dire que la poésie n’ennoblisse pas les moeurs, qu’on me comprenne bien, que son résultat final ne soit pas d’élever l’homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires ; ce serait évidemment une absurdité. Je dis que si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique ; et il n’est pas imprudent de parier que son oeuvre sera mauvaise.

Section 2) Mon coeur mis à nu, 1864

Une suite de petites volontés fait un gros résultat.

Tout recul de la volonté est une parcelle de substance perdue.

C’est par le malentendu universel que tout le monde s’accorde.

fftre un grand homme et un saint pour soi-même, voilà l’unique chose importante.

J’ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur : maintenant, j’ai toujours le vertige, et aujourd’hui, 23 janvier 1862, j’ai subi un singulier avertissement, j’ai senti passer sur moi le vent de l’aile de l’imbécillité.

Si un homme a du mérite, à quoi bon le décorer ? S’il n’en a pas, on peut le décorer, parce que [cela] lui donnera un lustre. Consentir à être décoré, c’est reconnaitre à l’État et au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, etc.

Section 3) Curiosités esthétiques, 1868

Un bon portrait m’apparait toujours comme une biographie dramatisée.

L’imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai.

Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau.

Il est une chose mille fois plus dangereuse que le bourgeois, c’est l’artiste bourgeois.

Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité; le bien est toujours le produit d’un art.

Parce que le Beau est toujours étonnant, il serait absurde de supposer que ce qui est étonnant est toujours beau.

Peu d’hommes ont le droit de régner, car peu d’hommes ont une grande passion. Et comme aujourd’hui chacun veut régner, personne ne sait se gouverner.

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve.

Section 4) La Fanfarlo, 1847

Il ne suffit pas d’être savant, mais il faut surtout être aimable.

Il est une science d’aimer son prochain et de le trouver aimable, comme il est un savoir bien vivre.

Comme il n’est pas de trahison qu’on ne pardonne, il n’est pas de faute dont on ne puisse se faire absoudre, pas d’oubli qu’on ne puisse combler.

Section 5) Les Fleurs du mal, 1857

On ne peut ici-bas contenter qu’un seul maitre.

J’ordonne que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le beau.

Bien qu’on ait du coeur à l’ouvrage. L’Art est long et le temps est court.

Section 6) Fusées, 1851

J’ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.

Ne mépriser la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c’est son génie.

Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire.

Le goût de la concentration productive doit remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition.

C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture

Quand même Dieu n’existerait pas, la religion serait encore sainte et divine. Dieu est le seul être qui, pour régner, n’ait même pas besoin d’exister. Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière.

Section 7) Hygiène, 1887

On ne peut oublier le temps qu’en s’en servant.

Travail immédiat, même mauvais, vaut mieux que la rêverie.

Faire son devoir tous les jours et se fier à Dieu, pour le lendemain.

Tout est réparable. Il est encore temps. Qui sait même si des plaisirs nouveaux… ?

La seule manière de gagner de l’argent est de travailler d’une manière désintéressée.

Je suppose que j’attache ma destinée à un travail non interrompu de plusieurs heures.

Plus on travaille, mieux on travaille et plus on veut travailler. Plus on produit, plus on devient fécond.

Pour guérir de tout, de la misère, de la maladie et de la mélancolie, il ne manque absolument que le Goût du Travail.

Fais, tous les jours, ce que veulent le devoir et la prudence. Si tu travaillais tous les jours, la vie te serait plus supportable.

Il n’y a de long ouvrage que celui qu’on n’ose pas commencer. Il devient cauchemar. En renvoyant ce qu’on a à faire, on court le danger de ne jamais pouvoir le faire. En ne se convertissant pas tout de suite, on risque d’être damné.

Après une débauche, on se sent toujours plus seul, plus abandonné. Au moral comme au physique, j’ai toujours eu la sensation du gouffre, non seulement du gouffre du sommeil, mais du gouffre de l’action, du rêve, du souvenir, du désir, du regret, du remords, du beau, du nombre, etc.

A chaque minute nous sommes écrasés par l’idée et la sensation du temps. Et il n’y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar ; le plaisir et le travail. Le plaisir nous use. Le travail nous fortifie. Choisissons. Plus nous nous servons d’un de ces moyens, plus l’autre nous inspire de répugnance.

Section 8) Le spleen de Paris, 1869

Le poète entre, quand il veut, dans le personnage de chacun.

Le bonheur est venu habiter chez moi, et je ne l’ai pas reconnu.

L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.

Il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de la foule est un art.

Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu’il peut à sa guise être lui-même et autrui.

Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.

Il n’est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu’il n’espère.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas. (Le spleen de Paris, N’importe où hors du monde)

Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, qu’il est des bonheurs supérieurs aux leurs, plus vastes et plus raffinés.

On n’est jamais excusable d’être méchant, mais il y a quelque mérite à savoir qu’on l’est ; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise.

L’enfant est turbulent, égoïste, sans douceur et sans patience ; et il ne peut même pas, comme le pur animal, comme le chien et le chat, servir de confident aux douleurs solitaires.

Section 9) Autres citations (sans mention de l’oeuvre)

L’art est fait pour troubler, la science rassure.

Allons au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau.

Tout homme reconnait les choses qu’il est destiné à aimer.

Il n’y a pas de hasard dans l’art non plus qu’en mécanique.

Faut-il qu’un homme soit tombé bas pour se croire heureux.

Ce que la bouche s’accoutume à dire, Le coeur s’accoutume à le croire.

La gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit avec la sottise nationale.

L’amour est une rose, chaque pétale, une illusion, chaque épine, une réalité.

Il y a autant de beautés qu’il y a de manières habituelles de chercher le bonheur.

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit.

La civilisation s’est peut-être réfugiée chez quelque petite tribu non encore découverte.

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.

Et à, quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ?

Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit.

La lutte et la révolte impliquent toujours une certaine quantité d’espérance, tandis que le désespoir est muet.

Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis.

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.

Il y a des moments dans l’existence où le temps et l’étendue sont plus profonds, et le sentiment de l’existence intensément augmente.

Le travail engendre forcément les bonnes moeurs, sobriété et chasteté, conséquemment la santé, la richesse, le génie successif et progressif, et la charité.

Toute phrase doit être en soi un monument bien coordonné, l’ensemble de tous ces monuments formant la ville qui est le Livre. (L’Esprit et le Style de M. Villemain)

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, quand sous les lourds flocons des neigeuses années l’ennui, fruit de la morne incuriosité, prend les proportions de l’immortalité.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins, qui chargent de leur poids l’existence brumeuse. Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse S’élancer vers les champs lumineux et sereins.

Biographie de Charles Baudelaire (1821-1867) :

Né à Paris, Charles Baudelaire est un des poètes les plus célèbres du XIXe siècle. Il n’a que six ans lorsque son père décède. Il entre au lycée Louis le Grand à Paris en 1836. Il se fait remarquer par son attitude rebelle. En 1839, bien qu’il a renvoyé du lycée, il réussit quand même à obtenir son baccalauréat. Puis, il choisit la vie de bohème. Une décision que sa famille n’apprécie guère. C’est pourquoi elle le pousse à s’embarquer en 1841 à bord d’un paquebot pour les Indes. En cours de route, il change d’idée, débarque à La réunion, (une ile de l’océan Indien) et revient en France en 1842. Bien qu’écourté, ce voyage sera pour lui une grande source d’inspiration. Cette même année, Baudelaire tombe sous le charme de Jeanne Duval. Puis en 1845, il devient amoureux de Marie Daubrun. C’est à cette époque qu’il devient critique d’art et journaliste afin de subvenir à ses besoins. En 1847, Baudelaire découvre les oeuvres Edgar Allan Poe. Il partage avec lui un certain intérêt littéraire pour le mal. Il traduit de nombreuses oeuvres de cet auteur américain dans le but de le faire connaitre en France. En 1857, Baudelaire publie son oeuvre majeure le recueil de poèmes « Les Fleurs du Mal », qui sera condamné pour outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Conséquemment, il devra payer une lourde amende. En 1861, une nouvelle édition est produite, d’où sont supprimées six poèmes conformément au jugement prononcé. Après un séjour décevant en Belgique, Baudelaire revient en France en 1866 avec une santé fragilisée. Il s’éteint à Paris le 31 août 1867, à l’âge de 46 ans, des suites de la syphilis aggravée par l’abus d’alcool. Charles Baudelaire est reconnu comme un écrivain majeur de la poésie mondiale. Il a grandement contribué à changer l’utilité de la poésie. Selon lui, celle-ci doit être entièrement dédiée au beau non pas à la moralité ou à la connaissance. Voici un extrait de « L’art romantique  » qui exprime bien cette opinion : « Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu’elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les moeurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d’utile… …La Poésie, pour peu qu’on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d’enthousiasme, n’a pas d’autre but qu’Elle-même ; elle ne peut pas en avoir d’autre, et aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d’écrire un poème. »
Dates importantes :
1821 : Naissance de Charles Baudelaire.
1827 : Mort de son père, Joseph-François Baudelaire.
1828 : Sa mère se remarie avec le général Aupick.
1836 : Il entre au Collège Louis-le-Grand de Paris.
1839 : Il décroche son baccalauréat et choisit la vie de bohème.
1841 : Son voyage pour les Indes à bord d’un paquebot avorte.
1842 : Il a de sévère problèmes financiers et débute une longue relation avec Jeanne Duval.
1845 : Il devient critique d’art et journaliste.
1854 : Il traduit des livres d’Edgar Poe.
1857 : Il publie les « Fleurs du Mal ». Ce recueil fait scandale est condamné dès sa sortie.
1860 : Il fait paraitre « Les Paradis artificiels ».
1861 : Une seconde version des « Fleurs du Mal » est publiée, amputée des six poèmes censurés.
1864 : Il part en Belgique pour faire une tournée de conférences.
1866 : Il connait de graves problèmes de santé, frappé à la fois d’hémiplégie et d’aphasie (perte de la parole).
1867 : Charles Baudelaire meurt à l’âge de 46 ans. Il est inhumé le 2 septembre au cimetière Montparnasse.
1869 : « Le Spleen de Paris » et « des Curiosités esthétiques » sont publiés à titre posthume.

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