120 citations de Gustave Le Bon

Photo noir et blanc de Gustave Le Bon dans la quarantaine

 

Table des matières

Section 1) Hier et demain, 1918

L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part.

Beaucoup d’hommes sont doués de raison, très peu e bon sens.

Dès qu’un sentiment s’exagère, la faculté de raisonner disparait.

L’abondance de paroles inutiles est un symptôme certain d’infériorité mentale.

Les hommes de pensée préparent les hommes d’action. Ils ne les remplacent pas.

La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence.

Les volontés faibles se traduisent par des discours ; les volontés fortes par des actes.

La leçon des faits n’instruit pas l’homme prisonnier d’une croyance ou d’une formule.

Les hommes de génie font la grandeur intellectuelle d’une nation mais rarement sa puissance.

Les hommes de tous les âges ont vécu d’hypothèses, l’ignorant les accepte comme certitudes.

Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever les foules vers l’élite.

On rencontre beaucoup d’hommes parlant de libertés, mais on en voit très peu dont la vie n’ait pas été principalement consacrée à se forger des chaines.

Un dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables.

Une éducation capable d’accroitre le jugement et la volonté est parfaite, quelles que soient les choses enseignées. Avec ces seules qualités, l’homme sait orienter sa destinée. Mieux vaut comprendre qu’apprendre. Hier et demain.

Section 2) La civilisation des Arabes, 1884

La souris ne peut engendrer qu’une souris.

L’arbuste qui produit la rose produit aussi l’épine.

Dans une bouche qui sait se taire une mouche ne saurait entrer.

La vie sous l’aile d’une mouche vaut encore mieux que le sommeil du cimetière.

Il y a deux créatures qui ne sont jamais rassasiées : l’homme de science et l’homme d’argent.

Je ne vois pas en quoi la polygamie légale des Orientaux soit inférieure à la polygamie hypocrite des Européens. Alors que je vois très bien au contraire en quoi elle lui est supérieure.

S’il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des oeuvres qu’ils ont fondées, nous pouvons dire que Mahomet fut un des plus grands hommes qu’ait connus l’histoire. Des préjugés religieux ont empêché bien des historiens de reconnaitre l’importance de son oeuvre ; mais les écrivains chrétiens eux-mêmes commencent aujourd’hui à lui rendre justice.

À leur grande tolérance, les Arabes d’Espagne joignaient des moeurs très chevaleresques. Ces lois de la chevalerie : respecter les faibles, être généreux envers les vaincus, tenir religieusement sa parole, etc., que les nations chrétiennes adoptèrent plus tard, et qui finirent par exercer sur les âmes une action plus puissante que celles de la religion même, furent introduites par eux en Europe.

L’esclavage chez les mahométans est fort différent de ce qu’il était chez les chrétiens. La situation des esclaves en Orient est bien préférable en effet à celle des domestiques en Europe. Ils font partie de la famille, et peuvent parfois s’élever aux plus hauts emplois. Aucune idée humiliante ne s’attache en Orient à l’esclavage, et on a dit avec raison que l’esclave y est plus près de son maitre qu’un domestique chez nous.

Il semblera toujours humiliant à certains esprits de songer que c’est à des infidèles que l’Europe chrétienne doit d’être sortie de la barbarie, et une chose si humiliante en apparence ne sera que bien difficilement admise. […] Par leur influence morale, ils ont policé les peuples barbares qui avaient détruit l’empire romain ; par leur influence intellectuelle, ils ont ouvert à l’Europe le monde des connaissances scientifiques, littéraires et philosophiques qu’elle ignorait, et ont été nos civilisateurs et nos maitres pendant six cents ans.

Bien peu de religions ont eu un pareil empire sur les âmes; aucune peut-être n’en a exercé de plus durable. Le Coran est le véritable pivot de la vie en Orient, et nous retrouvons son influence dans les moindres actes de l’existence. L’empire des Arabes ne vit plus que dans l’histoire, mais la religion qui fut mère de cet empire n’a pas cessé de s’étendre. Du fond de son tombeau, l’ombre du prophète règne en souveraine sur ces millions de croyants qui peuplent l’Afrique et l’Asie, du Maroc jusqu’à la Chine, de la Méditerranée à l’Équateur.

Grâce aux croisades, l’influence civilisatrice de l’Orient sur l’Occident fut très grande, mais cette influence fut beaucoup plus artistique, industrielle et commerciale que scientifique et littéraire. Quand on considère le développement considérable des relations commerciales et l’importance des progrès artistiques et industriels, engendrés par le contact des croisés avec les Orientaux, on peut affirmer que ce sont ces derniers qui ont fait sortir l’Occident de la barbarie, et préparé ce mouvement des esprits que l’influence scientifique et littéraire des Arabes, propagée par les universités de l’Europe, allait bientôt développer et d’où la renaissance devait sortir un jour.

Au point de vue de la civilisation, bien peu de peuples ont dépassé les Arabes et l’on n’en citerait pas qui ait réalisé des progrès si grands dans un temps si court. Au point de vue religieux, ils ont fondé une des plus puissantes religions qui aient régné sur le monde, une de celles dont l’influence est la plus vivante encore. Au point de vue politique, ils ont créé un des plus gigantesques empires qu’ait connus l’histoire. Au point de vue intellectuel et moral ils ont civilisé l’Europe. Peu de races se sont élevées plus haut, mais peu de races sont descendues plus bas. Aucune ne présente d’exemple plus frappant de l’influence des facteurs qui président à la naissance des empires, à leur grandeur et à leur décadence.

Section 3) La psychologie de l’éducation, 1910

L’intolérance est le plus terrible défaut.

On apprend à se dominer et on acquiert le sentiment du devoir quand le milieu l’impose.

Trop souvent on place ses enfants dans des lycées non pour un choix judicieux mais par vanité.

Ce n’est qu’en donnant un peu de liberté aux enfants qu’on leur apprend à ne pas abuser de la liberté.

Section 4) La psychologie des foules, 1895

On ne discute pas plus avec les croyances qu’avec les cyclones.

Connaitre l’art d’impressionner l’imagination des foules c’est connaitre l’art de les gouverner.

Céder une fois à la foule, c’est lui donner conscience de sa force et se condamner à lui céder toujours.

Ce n’est pas avec la raison, et c’est le plus souvent contre elle, que s’édifient les croyances capables d’ébranler le monde.

Les civilisations n’ont été créées et guidées jusqu’ici que par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. Les foules n’ont de puissance que pour détruire. Leur domination représente toujours une phase de barbarie.

Les foules n’ont jamais eu soif de vérité. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préférant déifier l’erreur, si l’erreur les séduit. Qui sait les illusionner est aisément leur maitre ; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime.

Section 5) Les aphorismes du temps présent, 1913

Un délit généralisé devient bientôt un droit.

L’intelligence fait penser ; la croyance fait agir.

Une illusion tenue pour vraie agit comme une vérité.

En matière de sentiment, l’illusion crée vite la certitude.

La raison se brise toujours devant le mur de la croyance.

Dès qu’on possède la force, on cesse d’invoquer la justice.

Une vérité trop claire cesse bientôt d’être une vérité féconde.

Une vertu pratiquée sans effort est une qualité, non une vertu.

Les lois stabilisent les coutumes, elles peuvent rarement en créer.

L’éducation est l’art de faire passer le conscient dans l’inconscient.

Le milieu crée nos opinions ; les passions et l’intérêt les transforment.

La peur du jugement des autres est un des plus sûrs soutiens de la morale.

La pensée sans action est un vain mirage, l’action sans pensée un vain effort.

La raison crée le progrès, mais les bâtisseurs de croyances mènent l’histoire.

La valeur pratique d’une vérité se mesure au degré de croyance qu’elle inspire.

Ce qu’on fait par orgueil est souvent supérieur à ce qu’on accomplit par devoir.

Canalisée par une bonne méthode, l’intelligence la plus faible arrive à progresser.

Contester la valeur d’une opinion d’origine affective ou mystique, c’est la fortifier.

Les sentiments simulés finissent quelquefois par devenir des sentiments éprouvés.

Les propositions admises sans discussion deviennent rarement des mobiles d’action.

Comme la politique, l’art est guidé par quelques meneurs, suivis d’une foule de menés.

Si l’athéisme se propageait, il deviendrait une religion aussi intolérable que les anciennes.

La grande force des croyances est de donner des espérances que la raison ne saurait créer.

Une absurdité propagée par contagion mentale cesse bientôt de passer pour une absurdité.

La libre pensée ne constitue souvent qu’une croyance, qui dispense de la fatigue de penser.

Revêtir l’erreur d’une forme séduisante, suffit souvent pour la faire accepter comme vérité.

Les révolutions n’ont généralement pour résultat immédiat qu’un déplacement des servitudes.

L’absurde et l’impossible n’ont jamais empêché une croyance suffisamment forte de faire agir.

Les gens vertueux se vengent souvent des contraintes qu’ils s’imposent par l’ennui qu’ils inspirent.

On domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions qu’en s’occupant de leurs intérêts.

Toutes les émotions sont contagieuses. L’orateur doit d’abord éprouver celles qu’il veut faire partager.

Les foules ne créent pas l’opinion mais lui donnent sa force. Une opinion populaire devient vite contagieuse.

Une croyance se subit et ne se discute pas. Quand on la discute, c’est que, fort ébranlée déjà, elle est près de disparaitre.

Le plaisir est éphémère, le désir durable. C’est pourquoi les hommes sont plus facilement menés par le désir que par le plaisir.

La raison cherche la vérité, la croyance incarne nos désirs, c’est pourquoi l’homme préférera toujours la croyance à la connaissance.

L’intolérance des opinions est plus forte que la tolérance parce que la première est d’origine affective et la seconde d’origine rationnelle.

La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites.

On ne saurait juger des sentiments d’un être d’après sa conduite dans un cas déterminé. L’homme d’une circonstance n’est pas celui de toutes les circonstances.

On rencontre difficilement un homme acceptant d’exposer sa vie pour une vérité rationnelle. On en trouve aisément des milliers prêts à se faire tuer pour une croyance.

Si les opinions les moins fondées sont généralement très opiniâtres, c’est qu’elles ont pour soutien des éléments affectifs et mystiques sur lesquels la raison est sans prise.

L’absence d’esprit critique favorise beaucoup l’adoption des opinions générales nécessaires à l’existence d’une société. Un peuple dont toutes les unités seraient douées d’esprit critique ne durerait pas longtemps.

Section 6) Les civilisations de l’Inde, 1893

Le respect et l’amour de ses enfants doivent être sans bornes.

Mieux vaut l’intelligence que le savoir ; l’intelligence est au-dessus de la science.

De tous les biens, la science est le plus grand, parce qu’on ne peut ni l’enlever à autrui, ni l’acheter, et qu’elle est impérissable.

Section 7) Les incertitudes de l’heure présente, 1924

Savoir sans vouloir ne crée pas de pouvoir.

L’ignorant seul possède des opinions invariables.

L’injustice dont on profite devient vite de la justice.

Une entente sans écrit vaut mieux qu’un écrit sans entente.

Le jugement sans volonté est aussi inutile que la volonté sans jugement.

La vieillesse représente souvent une forme peu atténuée de la servitude.

La hardiesse sans jugement est dangereuse ; le jugement sans hardiesse, inutile.

Ce n’est pas d’une révolution, mais d’une transformation profonde des idées que résultent les réformes durables.

Les événements seraient interprétés de façon bien différente si, pour les juger, l’esprit et le coeur utilisaient la même mesure.

L’avenir est contenu dans le présent comme le chêne l’est dans le gland. Le temps fait sortir le chêne du gland, mais ne le crée pas.

L’intelligence et les sentiments sont des compagnons inséparables, mais qui, depuis l’origine des âges, ont rarement réussi à s’entendre.

L’héroïsme peut sauver un peuple dans les circonstances difficiles, mais c’est l’accumulation journalière de petites vertus qui détermine sa grandeur.

Parmi les milliers d’hommes aspirant à établir le règne du droit et de la justice, combien en est-il capables de définir le droit et de comprendre la justice ?

La nourriture intellectuelle donnée par l’instruction est comparable à la nourriture matérielle. Ce n’est pas ce qu’on mange qui nourrit, mais seulement ce qu’on digère.

D’après tous les enseignements de l’histoire des révolutions, l’extrémisme en politique a comme terminaison nécessaire soit la destruction de la civilisation, soit l’anarchie et la dictature.

Les peuples ne se résignent pas à la défaite quand ils se croient supérieurs à leurs vainqueurs. Une tentative de revanche germanique peut donc être considérée comme un des plus sûr événements de la future Histoire.

Les vérités scientifiques sont des vérités universelles. Les certitudes religieuses ou politiques tenues pour des vérités sont généralement des convictions transitoires issues de passions et de sentiments n’ayant aucun élément rationnel pour soutien.

Les révolutions ne durent jamais longtemps parce qu’elles se heurtent bientôt au mur des nécessités économiques et sociales qui dominent le monde. Percevant alors l’impuissance des théoriciens, la foule se détourne d’eux. Avant d’arriver à cette dernière phase, bien des ruines sont accumulées. La Russie en fait aujourd’hui l’expérience.

La soif d’inégalité semble un besoin irréductible de la nature humaine. On sait avec quelle ardeur les Conventionnels échappés à la guillotine sollicitaient de Napoléon des titres nobiliaires. Le rêve égalitaire qui les avait conduits à tant de massacres n’était donc en réalité qu’un violent désir d’inégalité à leur profit. L’histoire n’a pas encore cité, d’ailleurs, de pays où régnât l’égalité.

Section 8) autres citations

La guerre révèle à un peuple ses faiblesses, mais aussi ses vertus.

Se révolter ou s’adapter, il n’y a guère d’autre choix dans la vie.

La nécessité enseigne la tolérance. (La psychologie du socialisme, 1898)

Dans la société, il n’y a pas de place pour les paresseux. (La vie, 1874)

La fortune récompense souvent les audacieux. (La psychologie des temps nouveaux, 1920)

Démontrer qu’une chose est rationnelle ne prouve pas toujours qu’elle soit raisonnable.

Incalculables sont les personnes n’ayant jamais eu d’autres opinions que celles de leur journal.

Les impulsifs sont toujours dangereux, car les réalités échappent à l’homme qui agit sans réfléchir.

Déguiser sous des mots bien choisis les théories les plus absurdes, suffit souvent à les faire accepter.

La place de l’homme dans la vie est marquée non par ce qu’il sait, mais par ce qu’il veut et ce qu’il peut.

Les oeuvres importantes résultent plus rarement d’un grand effort que d’une accumulation de petits efforts.

Des hommes d’intelligence supérieure ont parfois, au point de vue sentimental, une mentalité voisine de celle du sauvage.

L’interprétation diverse des mêmes mots par des êtres de mentalité dissemblable a été une cause fréquente de luttes historiques.

Chez beaucoup d’hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu’ils pensent après avoir entendu ce qu’ils disent.

Les avares sont les plus faciles à manier, on sait sur quelle touche affective il faut frapper. (Les opinions et les croyances, 1911)

La vérité, pour la grande majorité des hommes, étant ce qu’ils croient, c’est surtout avec leurs croyances qu’on doit gouverner les peuples.

Peu d’êtres savent voir les choses comme elles sont. Les uns aperçoivent seulement ce qu’ils veulent voir, les autres ce qu’on leur fait voir.

Ramy2020

Nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l’avenir.

La vanité est pour les imbéciles une puissante source de satisfaction. Elle leur permet de substituer aux qualités qu’ils n’acquerront jamais la conviction de les avoir toujours possédées.

Nous avons été semer la guerre et la discorde chez ces nations lointaines, et troubler leur repos séculaire. C’est à leur tour maintenant de troubler le nôtre. (L’homme et les sociétés, 1881)

Ni les changements de milieu ni les conquêtes ne suffisent à modifier l’âme d’un peuple. Sa transformation n’est possible qu’au moyen de croisements répétés. Le sol, les institutions, la religion même ne changent pas l’âme d’une race. (Lois psychologiques de l’évolution des peuples)

Biographie de Gustave Le Bon (1841 – 1931) :

Anthropologue, psychologue et sociologue français, Gustave Le Bon est l’auteur de nombreuses publications sur la psychologie des foules et des civilisations. Il fait ses études au lycée de Tours et entre ensuite à la faculté de médecine de Paris, mais n’obtient pas son diplôme. Ses nombreux voyages l’on amené surtout en Asie et en Afrique du Nord. Il publie des ouvrages anthropologiques, principalement sur les civilisations de l’Orient. Au sujet de la colonisation, Le Bon a une position hétérodoxe : la puissance colonisatrice doit se limiter au maintien de la paix, à prélever un tribut et à développer des relations commerciales, mais jamais elle ne doit imposer sa civilisation. Malgré un certain respect des différentes cultures, il soutient la supériorité de la société occidentale. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (89e division).

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