Les valeurs humaines d'un immigrant du Belize

Chaque printemps, deux jeunes hommes se retrouvaient au pied dans la vallée verdoyante de l’Okanagan. L’un venait du Belize, l’autre du Canada. L’un était travailleur temporaire, l’autre étudiant universitaire. Pendant trois étés, ils partagèrent la même sueur et les mêmes heures sous le soleil brûlant.

Le premier été, Miguel n’en croyait pas ses yeux. Les routes étaient lisses, les voitures presque toutes neuves, les supermarchés regorgeaient de fruits venus du monde entier. Tout ici semblait possible. Un soir, assis sur une caisse de vin vide, il demanda à son ami David :

— Est‑ce vrai que chez vous, les soins de santé sont gratuits pour tout le monde ?

David hocha la tête.

— Oui. Si tu tombes malade, tu vas à l’hôpital. Tu ne reçois jamais de facture.

Miguel resta silencieux un long moment. Dans son village du Belize, une simple fièvre pouvait ruiner une famille. Il regarda les lumières de la ville scintiller au loin, et une certitude naquit en lui : il voulait vivre ici. Il voulait devenir Canadien.

Le drapeau canadien : deux bandes rouges verticales encadrant une bande blanche au centre, sur laquelle figure une feuille d’érable rouge.
Le drapeau canadien symbolise l’unité du pays et son identité nationale.

Dès le lendemain, il commença les démarches. Il remplit des formulaires, rassembla des papiers, économisa chaque dollar pour payer les frais d’immigration. Il écrivit à sa mère qu’il réalisait enfin son rêve.

Le deuxième été, David l’aida à comprendre la vie quotidienne des Canadiens de la classe moyenne. Il lui parla des horaires de travail, des prêts hypothécaires, des semaines trop courtes pour tout faire. Il lui raconta les repas pris seuls devant la télévision, les voisins qui ne se disent jamais bonjour, les amis d’enfance que l’on perd de vue.

— Mais ils sont heureux, au moins ? demanda Miguel.

David haussa les épaules.

— Ils ont presque tout ce qu’ils veulent matériellement. Mais ils courent sans jamais s’arrêter.

Miguel écouta, sans vraiment comprendre. Il pensait encore à l’hôpital gratuit, aux routes asphaltés et aux supermarchés immence.

Le troisième été, David arriva au vignoble avec le sourire. Il retrouva Miguel devant la cabane où ils rangeaient leurs outils. Il l’attrapa par l’épaule.

— Alors, mon ami ? Quand est‑ce que nous serons concitoyens ?

Miguel ne répondit pas tout de suite. Il regarda la vallée, les collines dorées par le couchant. Puis il se tourna vers David et dit doucement :

— J’ai beaucoup réfléchi, mon ami. L’été dernier, grâce à toi, j’ai compris une chose que je n’avais jamais vue.

— Quoi donc ? demanda David, surpris.

— Les Canadiens ne semblent pas heureux. Vous avez de les biens, des maisons, des hôpitaux, des écoles. Mais vous êtes seuls. Les jeunes sont anxieux. Les adultes sont épuisés. Plusieurs prennent des médicaments pour dormir, pour se lever, pour tenir le coup.

Il fit une pause.

Dans mon village, je connais tout le monde. Je sais comment s’appelle le fils du boulanger. Je sais quand la voisine est malade parce que je vais lui porter un plat. Le soir, les gens s’assoient devant leurs portes et ils parlent. Ils rient. Ils n’ont pas d’argent, mais ils ont du temps. Ils ont des liens enrichissants.

Il sortit de sa poche une lettre froissée.

— C’est ma demande d’immigration. Je l’annule. Je rentre au Belize.

David resta figé. Il regarda la lettre, puis le visage calme de son ami.

— Mais… tu as travaillé si dur, murmura-t‑il.

Miguel sourit.

— J’ai travaillé dur pour apprendre que mon vrai pays, ce n’est pas celui qui a le plus de choses. C’est celui où je ne suis jamais seul.

Il serra la main de David.

— Tu m’as montré le Canada. Et grâce à toi, j’ai compris que j’étais déjà riche.

David pour la première fois, il se demanda si, dans sa course effrénée vers le confort, il n’avait pas perdu quelque chose d’essentiel.

Morale de l’histoire

La vraie richesse ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à ce que l’on partage. Parfois, celui qui semble tout avoir est celui qui manque de l’essentiel : le regard d’un voisin, la main d’un ami, le silence habité d’une communauté heureuse.

Deux jeunes hommes cueillent des grappes de raisin dans un vignoble.
Les vendanges dans la vallée de l’Okanagan en Colombie Britannique au Canada