60 citations de Nicolas de CHAMFORT

Portrait de Nicolas Chamfort dans la vingtaine

Nicolas Chamfort

  • On n‘aime pas à voir plus heureux que soi.
  • L’homme arrive novice à chaque âge de la vie.
  • Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu.
  • La tragédie ne fait plus d‘effet depuis qu‘elle court les rues.
  • L’égoïste brûlerait votre maison pour se faire cuire un oeuf.
  • Ce que j’ai appris, je l’ai oublié ; ce que je sais, je l’ai inventé.
  • Je préfère être toujours seul que de ne le pouvoir jamais être.
  • La plaisanterie est une sorte de duel où il n’y a pas de sang versé.
  • Avoir de la considération pour soi vous attire quelquefois celle des autres.
  • La Société serait une chose charmante, si l‘on s‘intéressait les uns aux autres.
  • L’amour sans la gaîté ne peut guère suffire à la félicité. (La jeune indienne, 1764)
  • Paris, ville de plaisirs, où les quatre cinquièmes des habitants meurent de chagrin.
  • De tous ceux qui n‘ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui le font en silence.
  • Je sais qu’on vit avec de l’argent, mais je sais aussi qu’il ne faut pas vivre pour de l’argent.
  • Ce que l‘on sait le mieux, c‘est ce que l‘on a deviné, puis ce que l‘on a appris par l‘expérience.
  • On me reproche le goût de la solitude. Je suis plus accoutumé à mes défauts qu’à ceux d’autrui.
  • L’homme, dans l’état actuel de la Société, me paraît plus corrompu par sa raison que par ses passions.
  • Il en est du bonheur comme des montres : les moins compliquées sont celles qui se dérèglent le moins.
  • Pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des côtés de son âme qu’il faut entièrement paralyser.
  • L’imagination qui fait naître les illusions est comme les rosiers qui produisent des roses dans toutes les saisons.
  • Le bonheur n‘est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous, il est impossible de le trouver ailleurs.
  • Il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue, est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre.
  • Quiconque a détruit un préjugé, un seul préjugé, est un bienfaiteur du genre humain. (Discours sur l’influence des grands écrivains, 1767)
  • Il y a deux choses auxquelles il faut se faire sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injustices des hommes.
  • La plupart des hommes qui vivent dans le monde y vivent si étourdiment, pensent si peu, qu‘ils ne connaissent pas ce monde qu‘ils ont toujours sous les yeux.
  • En amour, il suffit de plaire par ses qualités aimables et ses agréments, mais en mariage, pour être heureux, il faut s‘aimer ou du moins se convenir par ses défauts.
  • N‘est-il rien de plus ridicule que de vouloir définir l‘amour, la sensibilité, la tendresse ? Leurs nuances fines et imperceptibles se font sentir ; mais elles nous échappent, lorsqu‘on veut les saisir.
  • La calomnie est une guêpe qui vous importune et contre laquelle il ne faut faire aucun mouvement, à moins qu‘on ne soit sûr de la tuer, sans quoi elle revient à la charge, plus furieuse que jamais.
  • Les deux plus nobles emplois du génie, c’est d’encourager à la vertu par ses écrits, et de remettre dans la route de la vérité la raison humaine toujours prête à s’en égarer. (Discours sur l’influence des grands écrivains, 1767)

Citations extraites de Maximes et pensées*, 1795 :

  • Il n’est vertu que pauvreté ne gâte.
  • La pensée console de tout et remédie à tout.
  • La sagesse fait durer, les passions font vivre.
  • Le public ne peut guère s’élever qu’à des idées basses.
  • Jamais, on n’a vu marcher ensemble la gloire et le repos.
  • La justice des hommes est toujours une forme de pouvoir.
  • On souhaite la paresse d’un méchant et le silence d’un sot.
  • La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent.
  • La plus perdue de toutes les journées est celle où l‘on n‘a pas ri.
  • Il est plus facile de légaliser certaines choses que de les légitimer.
  • Les succès produisent les succès, comme l’argent produit l’argent.
  • Celui qui ne sait pas ajouter sa volonté à sa force, n‘a point de force.
  • L’opinion est reine du monde, parce que la sottise est reine des sots.
  • Les premiers sujets de chagrin m’ont servi de cuirasse contre les autres.
  • Le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion, mais le bonheur repose sur la réalité.
  • L‘estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée.
  • Plus l’homme vain s’estime lui-même, moins il estime ses semblables, qui le lui rendent bien.
  • ll faut être juste avant d’être généreux, comme on a des chemises avant d’avoir des dentelles.
  • Le philosophe qui veut éteindre ses passions ressemble au chimiste qui voudrait éteindre son feu.
  • La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre.
  • À mesure que la philosophie fait des progrès, la sottise redouble ses efforts pour établir l’empire des préjugés.
  • On est heureux ou malheureux par une foule de choses qui ne paraissent pas, qu’on ne dit point et qu’on ne peut dire.
  • Donner est un plaisir plus durable que recevoir, car celui des deux qui donne est celui que se souvient le plus longtemps.
  • La Société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners.
  • Un homme amoureux est un homme qui veut être plus aimable qu’il ne peut ; et voilà pourquoi presque tous les amoureux sont ridicules.
  • Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme il leur convient de se montrer ; dans les petites, ils se montrent comme ils sont.
  • L‘ambition prend aux petites âmes plus facilement qu‘aux grandes, comme le feu prend plus aisément à la paille, aux chaumières qu‘aux palais.
  • L’homme pauvre, mais indépendant des hommes, n’est qu’aux ordres de la nécessité. L’homme riche, mais dépendant, est aux ordres d’un autre homme ou de plusieurs.
  • Avoir des liaisons considérables, ou même illustres, ne peut plus être un mérite pour personne, dans un pays où l’on plaît souvent par ses vices, et où l’on est quelquefois recherché pour ses ridicules.
  • Ce n’est pas tout d’être aimé, il faut être apprécié, et on ne peut l’être que par ce qui nous ressemble. De là vient que l’amour n’existe pas, ou du moins ne dure pas, entre des êtres dont l’un est trop inférieur à l’autre.
  • À égalité d’esprit et de lumière, l’homme né riche ne doit jamais connaître, aussi bien que le pauvre, la nature, le coeur humain et la société. C’est que dans le moment où l’autre plaçait une jouissance, l’autre se consolait par une réflexion.
  • Telle est la misérable condition des hommes, qu’il leur faut chercher, dans la Société, des consolations aux maux de la nature, et, dans la nature, des consolations aux maux de la Société. Combien d’hommes n’ont trouvé, ni dans l’une, ni dans l’autre, des distractions à leurs peines.
  • Celui qui ne sait point recourir à propos à la plaisanterie, et qui manque de souplesse dans l‘esprit, se trouve très souvent placé entre la nécessité d‘être faux ou d‘être pédant, alternative fâcheuse à laquelle un honnête homme se soustrait, pour l‘ordinaire, par de la grâce et de la gaieté.

Courte biographie de Nicolas de Chamfort (1741-1794) :

Davantage moraliste que poète, Chamfort est une des plumes les plus amères du XVIIIe siècle. Républicain de la première heure, il est né en Auvergne de parents inconnus. François Nicolas et sa femme l’adoptent et lui donne le nom de Sébastien Roch Nicolas. Ses parents l’envoient à Paris vers l’âge de dix ans pour étudier au collège, où il remporte de nombreux prix. Il commence tôt sa longue carrière littéraire sous le nom de Nicolas de Chamfort. Ses premières publications, incluant la comédie satirique « La Jeune Indienne » de 1764, sont un vif succès. Sa popularité grandit constamment. Après avoir été élu à l’Académie française en 1782, il se retire à la campagne. En 1786, il reçoit une pension royale en tant que secrétaire de la sœur du roi. En 1792, il est nommé, à la direction de la Bibliothèque nationale. Accueillant avec enthousiasme la Révolution française, il assiste au serment du Jeu de Paume et applaudit à la prise de la Bastille. Éminence grise de Talleyrand et de Mirabeau, dont il rédige partiellement les discours et les rapports, il entre avec eux au Comité des Trente. Plusieurs journaux, en particulier le Mercure de France, publient ses textes. Quand l’Assemblée constituante se sépare, il quitte les jacobins et se présente, en vain, à l’Assemblée législative, avant de se consacrer à la publication des Tableaux de la Révolution française. Opposé, comme Robespierre, à la guerre contre l’Autriche, il rallie cependant la Gironde. Pour s’être réjoui de la mort de Marat, il est dénoncé le 21 juillet 1793 et emprisonné aux Madelonnettes, le 2 septembre. Relâché deux jours plus tard sur ordre du Comité de sûreté générale, il demeure sous surveillance et tente en vain de se disculper. De nouveau menacé d’arrestation, et ne supportant pas l’idée d’une nouvelle incarcération, il tente de se suicider le 14 novembre 1793. Enfermé dans son cabinet et se tire une balle dans le visage. Le pistolet fonctionne mal. Il perd le nez et une partie de la mâchoire, mais sans réussir à mettre fin à sa vie. Il saisit alors un coupe-papier et tente sans succès de s’égorger, il ne parvient pas à trouver d’artère. Épuisé, il perd connaissance. On le retrouve dans une mare de sang, et une intervention chirurgicale lui sauve la vie. Par la suite, les poursuites à son encontre sont abandonnées. Mais très affaibli, il meurt d’une humeur dartreuse le 13 avril au 10, de la rue Chabanais à Paris. Ses Maximes et Pensées, très appréciées par Friedrich Nietzsche, sont considérées parmi les maximes les plus brillantes et les plus évocatrices de son époque.