125 citations d’Émile-Auguste Chartier, dit Alain

Portrait d'Émile Chartier, dit Alain, à environ 45 ans.

Qui n’imite point n’invente point.

L’homme isolé est un homme vaincu.

Le propre du travail, c’est d’être forcé.

Le secret de l’action, c’est de s’y mettre.

Qui veut la guerre est en guerre avec soi.

La fonction de penser ne se délègue pas.

Le mot lâche est la plus grave des injures.

Le doute est un hommage rendu à l’espoir.

À s’informer de tout, on ne sait jamais rien.

La morale commence là où s’arrête la police.

On ne donne aux gens que l’espoir que l’on a.

Plus on sait, et plus on est capable d’apprendre.

Un ami est celui qui nous dit nos quatre vérités.

L’égoïste est triste parce qu’il attend le bonheur.

Faire de nécessité vertu est le beau et grand travail.

Il y a plus de volonté qu’on ne croit dans le bonheur.

Le fanatisme est le plus redoutable des maux humains.

Une idée est fausse dès l’instant où l’on s’en contente.

L’école est universelle parce que le savoir est universel.

Espérer ce n’est pas vouloir. Espérer, c’est être heureux.

La raison est virile devant l’objet, puérile devant le récit.

La conscience suppose une séparation de moi d’avec moi.

Nous respectons la raison, mais nous aimons nos passions.

L’histoire est un grand présent, et pas seulement un passé.

La bêtise des hommes est de critiquer l’originalité des autres.

L’intelligence, c’est ce qui dans un homme reste toujours jeune.

Le besoin d’écrire est une curiosité de savoir ce qu’on trouvera.

On n’aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l’avoir fait.

Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée.

Désordre dans le corps, erreur dans l’esprit, l’un nourrissant l’autre.

L’habitude délivre. L’habitude c’est la volonté qui possède son corps.

Qui donc peut se soucier d’être heureux sans se soucier des autres ?

L’homme juste agit d’une façon juste parce qu’il porte la justice en lui.

Qu’est-ce que le héros, si ce n’est l’homme qui choisit de croire à soi ?

Il n’y a de bonheur possible pour personne sans le soutien du courage.

Le rire est le propre de l’homme, car l’esprit s’y délivre des apparences.

Le pessimisme est affaire d’humeur, l’optimisme est affaire de volonté.

Croyance. C’est le mot commun qui désigne toute certitude sans preuve.

L’homme s’ennuie du plaisir reçu et préfère de bien loin le plaisir conquis.

Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire.

Il est bon d’avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route tout unie.

Tous les vices ressemblent à la guerre, toujours menaçante, toujours évitable.

Une oeuvre qui n’apporte point quelque chose d’invisible et de neuf, on la laisse.

Il y a l’avenir qui se fait et l’avenir qu’on fait. L’avenir réel se compose des deux.

On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l’espère bien.

A trop chercher le bonheur ailleurs, on finit par oublier celui que l’on a devant soi.

On n’ose guère avouer que l’on voudrait les plaisirs du vice en récompense de la vertu.

Plus l’existence est difficile, mieux on supporte les peines et mieux on jouit des plaisirs.

Ce qui est difficile, c’est de n’être jamais dupe, et cependant de tout croire de l’homme.

Les grandes idées sont comme l’air ; tout le monde les respire, tout le monde s’en nourrit.

Avec le temps, quiconque est furieux s’apaise ; avec le temps, ce qui a commencé a une fin.

L’homme s’occupe à chercher son bonheur, mais son plus grand bonheur est d’être occupé.

La cruauté est le moyen des honnêtes gens, car ils se savent bons et leur conscience les absout.

La société est une merveilleuse machine qui permet aux bonnes gens d’être cruelles sans le savoir.

Je ne chante pas parce que je suis de bonne humeur, je suis de bonne humeur parce que je chante.

Un homme cultivé ressemble à une boîte à musique. Il a deux ou trois petites chansons dans le ventre.

L’homme oriente sa voile, appuie sur le gouvernail, avançant contre le vent par la force même du vent.

Plus d’un homme instruit en est à ignorer que le seul moyen de changer d’idée est de changer d’action.

Il y a deux espèces d’hommes, ceux qui s’habituent au bruit et ceux qui essaient de faire taire les autres.

Ce n’est point parce que j’ai réussi que je suis content ; mais c’est parce que j’étais content que j’aie réussi.

La religion est comme les contes. Les contes ont un grand sens, mais personne ne demande s’ils sont vrais.

Fais ce que tu dois et n’attends jamais rien en retour. Si quelque chose vient, accueille-le comme un cadeau.

Préjugé ; ce qui est jugé d’avance, c’est-à-dire avant qu’on se soit instruit. Le préjugé fait qu’on s’instruit mal.

L’action d’écrire me paraît la plus favorable de toutes pour régler nos folles pensées et leur donner consistance.

Tous les arts sont comme des miroirs où l’homme connaît et reconnaît quelque chose de lui-même qu’il ignorait.

Le peintre est tenu par l’apparence ; et c’est son affaire d’enfermer tout le vrai qu’il pourra dans une seule apparence.

Derrière cette ombre de liberté qui consiste à choisir, se montre aussitôt la liberté véritable qui consiste à se dominer.

Il n’est pas difficile d’être malheureux ou mécontent ; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse.

Le maître ne nous apprend rien d’autre que ceci, qu’il faut que chacun soit son propre maître, ce qui fait tous les hommes égaux.

Le plus grand plaisir humain est sans doute dans un travail difficile et libre fait en coopération, comme les jeux le font assez voir.

Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait du bois au feu, au lieu de pleurnicher sur des cendres.

Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-même.

Être bon avec les autres et avec soi. Les aider à vivre, s’aider soi-même à vivre ; voilà la vraie charité. La bonté est joie. L’amour est joie.

Il ne faut jamais laisser entendre, ni permettre de croire que la guerre soit compatible, en un sens quelconque, avec la justice et l’humanité.

Si je crois que je vais tomber, je tombe ; si je crois que je ne puis rien, je ne puis rien. Si je crois que mon espérance me trompe, elle me trompe.

Le mépris des richesses et des honneurs est facile en somme ; ce qui est proprement difficile, c’est, une fois qu’on les méprise bien, de ne pas trop s’ennuyer.

Tout l’art du roman vise sans doute à nous tirer d’impatience et à nous composer un plaisir d’attendre qui ne s’use point. Par cette précaution, un vrai roman est toujours trop court.

Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.

Douter, c’est examiner, c’est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation, contre la puissance de croire qui est formidable en chacun de nous.

Il faut prêcher sur la vie et non sur la mort ; répandre l’espoir et non la crainte ; et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C’est le grand secret des sages et ce sera la lumière de demain.

Le principe du vrai courage, c’est le doute. L’idée de secouer une pensée à laquelle on se fiait est une idée brave. Tout inventeur a mis en doute ce dont personne ne doutait. C’était l’impiété essentielle.

Il y a obligation à être heureux : pour ne pas être un fardeau, pour rester ouvert aux autres et non pas demeurer en confit dans son malheur, car comment faire le bonheur de l’autre du fin fond de son propre malheur ?

La foi ne peut aller sans l’espérance. Quand les grimpeurs observent de loin la montagne, tout est obstacle ; c’est en avançant qu’ils trouvent des passages. Mais ils n’avanceraient point s’ils n’espéraient pas de leur propre foi.

Toutes nos vérités sont des erreurs redressées : quiconque pense commence toujours par se tromper. L’esprit juste se trompe d’abord tout autant qu’un autre, son travail propre est de revenir, de ne point s’obstiner, de corriger selon l’objet la première esquisse… Toutes nos erreurs sont des jugements téméraires, et toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées.

Émile-Auguste Chartier, dit Alain, jeune homme

Le vrai désespoir est sans réflexion.

(Les propos de littérature, 1934)

Tout pouvoir sans contrôle rend fou

(Politique)

Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.

(Eléments de philosophie)

Les vices ne sont que des vertus à mi-chemin.

(Propos sur l’éducation, p.55)

Faire et non subir, tel est le fond de l’agréable.

(Propos sur le bonheur)

Un fou qui dit par hasard le vrai n’a pas la vérité.

(Propos d’un Normand)

Quand un homme a peur, la colère n’est pas loin.

(Propos sur le bonheur)

Dès que nous tenons une opinion, elle nous tient.

(Propos sur l’éducation)

Comme on vit mal avec ceux que l’ont connaît trop.

(Propos sur le bonheur)

Qu’il est difficile d’être courageux sans se faire méchant.

(Propos II)

C’est un devoir aussi envers les autres que d’être heureux.

(Propos sur le bonheur)

L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse.

(Propos sur l’éducation, p.114)

Dès que l’on s’instruit en vue d’enseigner, on s’instruit mal.

(Propos sur l’éducation)

Qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi.

(Propos d’un Normand)

Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde.

(Mars ou La guerre jugée)

L’idéal est toujours nettoyé d’un peu de réalité qui ferait tache.

(Définitions)

On peut défaire n’importe quel bonheur par la mauvaise volonté.

(Mars ou la guerre jugée)

Ce n’est pas grand-chose d’avoir des idées, le tout est de les appliquer.

(Propos sur l’éducation, p.133)

Le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même.

(Les propos sur le bonheur, 1925)

Savoir, et ne point faire usage de ce que l’on sait, c’est pire qu’ignorer.

(Propos sur l’éducation)

Un des secrets du bonheur, c’est d’être indifférent à sa propre humeur.

(Les propos sur le bonheur, 1925)

Nous n’avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d’autrui.

(Propos sur le bonheur)

L’erreur est facile à tous ; plus facile peut-être à celui qui croit savoir beaucoup.

(Propos sur l’éducation, p.131)

La bonne humeur a quelque chose de généreux ; elle donne plutôt qu’elle ne reçoit.

(Les propos sur le bonheur, 1925)

Il n’est pas bon que le pouvoir d’observer se développe plus vite que l’art d’interpréter.

(Propos sur l’éducation)

La vie est toujours triste, si chacun attend le bonheur comme quelque chose qui lui est dû.

(Les propos sur le bonheur, 1925)

Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé.

(Propos I)

Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste.

(Propos sur le bonheur, 1928)

L’action guérit cette sorte d’humeur, que nous appelons, selon les cas, impatience, timidité ou peur.

(Les Aventures du coeur)

Les vrais problèmes sont d’abord amers à goûter ; le plaisir viendra à ceux qui auront vaincu l’amertume.

(Les propos sur l’éducation ,1932)

Le maître écoute et surveille bien plus qu’il ne parle. Ce sont les grands livres qui parlent, et quoi de mieux ?

(Propos sur l’éducation, p.78))

En tout c’est l’opportunisme qui est vil, et le pire de tout est d’adorer l’opportunisme, et d’en faire une doctrine.

(Propos, 1er avril 1914)

Les grandes pensées ont quelque chose d’enfantin, qui fait que les beaux esprits passeront toujours à côté sans les voir.

(Propos I)

On n’observe jamais qu’à travers les idées qu’on a, ou, autrement dit, que les moyens d’expression règnent tyranniquement sur les opinions.

(Propos sur l’éducation, p.124)

Michel-Ange ne s’est pas mis à peindre parce qu’il avait toutes ces figures dans la tête. Seulement il se mit à peindre, et les figures se montrèrent.

(le bonheur)

Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose.

(Propos sur la religion)

L’expérience, c’est-à-dire le simple fait d’être au monde, nous met en présence d’apparences vraies, mais qui peuvent être la source des connaissances les plus fausses.

(Préliminaires à la mythologie)

C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien.

Chacun sait qu’une certaine espèce de fous font ce qu’on leur suggère, et qu’ils veulent aussi ce qu’ils font, ce qui fait qu’ils croient faire ce qu’ils veulent. Prouvez que nous ne sommes pas tous ainsi.

(Les Passions et la Sagesse, chapitres sur l’esprit et les passions)

J’en viens à ceci, que les travaux d’écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l’intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s’agit de surmonter l’humeur, il s’agit d’apprendre à vouloir.

(Propos sur l’éducation, p.59)

Il est à supposer que les jurons, qui sont des exclamations entièrement dépourvues de sens, ont été inventés comme instinctivement pour donner une issue à la colère sans rien dire de blessant ni d’irréparable.

(Propos I)

J’aime mieux une petite lueur de bon sens portée par de bons muscles, qu’une grosse tête sur un petit corps. Sans les muscles, l’idée n’irait pas loin ; une pensée chargée de matière, une pensée aux larges pieds voilà ce qui mène le monde.

(Propos II)

Le plus profond de la colère est la colère d’être en colère, et de savoir qu’on s’y jettera, et de la sentir monter en soi comme une tempête physique. Le mot irritation en son double sens, explique assez cela, si l’on y pense avec suite. L’enfant crie de plus en plus fort principalement parce qu’il s’irrite de crier, comme d’autres s’irritent de tousser.

(Les Passions et la Sagesse, 1960)

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